:: LIBE ROULERAIT-IL POUR LA DROITE ? ::

mai 8, 2007 at 9:16 4 commentaires

La rumeur bruisse dans toutes les sphères médiatiques : et si Libération roulait pour Sarkozy ? Ce journal, symbolisant pourtant un certain passé gauchiste, multiplierait les détails troublants et les soupçons à son égard.

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Tout d’abord, la désaffection revendiquée de la rédaction, et plus généralement de l’intelligentsia de gauche, pour la candidate socialiste Ségolène Royal. Aucun de ses dérapages ne lui est épargné, y compris au sein de sa « famille » de presse politique. Bien sûr, il en va de même pour son opposant politique, le candidat Nicolas Sarkozy ; néanmoins, celui-ci semble mieux savoir gérer les relations avec les différents acteurs médiatiques, au point d’être parfois accusé de bénéficier de complaisance. Or, parmi les nombreuses amitiés qu’on lui prête avec les grands magnats de la presse, revient régulièrement le nom d’Edouard de Rothschild, principal actionnaire et propriétaire du journal Libération. Quel est par conséquent l’impact du tissu de pressions tendu entre les différentes sphères politiques, financières et médiatiques sur la ligne éditoriale du journal?

Cependant, derrière tous ces éléments apparaît en filigrane un nom : Laurent Joffrin, directeur de la publication depuis novembre 2006, à la personnalité riche et complexe et aux motivations nébuleuses.

Libération, le journal de gauche qui semble préférer Sarkozy à Royal. Calcul commercial ou revirement idéologique ?

 

 

Laurent Joffrin, directeur de la publication de Libération, a déclaré dans une interview publiée sur Liberation.fr : « Si nous n’affichons pas clairement notre soutien pour Ségolène Royal, c’est peut-être que nous ne roulons pas à fond pour elle… Bayrou est un homme fort respectable. Et il n’y a pas que lui. »

La couleur est annoncée, le « nouveau » patron de Libé n’est pas totalement séduit par la candidate principale de la gauche. Il n’est d’ailleurs pas le seul : force est de constater que bon nombre d’intellectuels de gauche se sont ralliés aux concurrents. Maurice Szafran, directeur de Marianne, observe que l’intelligentsia de gauche « estime Nicolas Sarkozy compétent et mûr pour le job, à l’inverse de Ségolène Royal» [1].

Pourtant, même s’il n’est pas le seul, il est l’homme qui suscite le plus d’interrogations et de soupçons, notamment après son éditorial laudatif du lundi 15 janvier 2007, au lendemain du sacre de Sarkozy par l’UMP, intitulé « Maître à bord ». Il y évoque « une performance impressionnante », un homme qui « a triomphé par l’énergie, le talent », « un champion maître des médias comme de lui-même, de l’Etat, de son verbe et d’une machine redoutable. » Face à lui, il décrit une candidate qui « reste muette », et à qui « il faudra plus que des gaffes soigneusement calculées et des gestes heureux » pour battre l’UMP [2]. Même ses confrères de Libération réagissent, tel Daniel Schneidermann dans une chronique intitulée « Tu as lu le Joffrin ? »[3], où il s’interroge sur la pertinence de l’angle choisi par son directeur pour décrire la prestation du candidat UMP.

Libération souhaiterait-il, pour des raisons qui tiennent à l’intérêt de l’entreprise, la victoire de Sarkozy ?

 

Bien sûr, l’on peut penser que cet engouement du journal pour Sarkozy ne tient qu’au fait qu’il soit un « bon client » et une « machine à scoops », comme l’explique Philippe Cohen, journaliste de Marianne. « Nicolas Sarkozy a inventé ou plutôt adapté à notre pays une stratégie consistant à co-produire l’agenda médiatique, […] au point de se demander lui-même quel est le sujet à proposer à la conférence de rédaction» [4].

Néanmoins, ce n’est pas l’avis d’Edwy Plenel, candidat évincé à la direction du journal, qui dénonçait en septembre dernier sur les ondes de RTL les manœuvres de Sarkozy visant à neutraliser le plus de médias possibles avant le début de la vraie campagne, « afin que même les journaux de gauche ne publient rien de gênant pour le président de l’UMP. »

Joffrin faisait-il référence à la même personne lorsqu’en octobre 2004, lors de l’émission « Le Premier pouvoir » sur France Culture, il répondait à Elisabeth Lévy « qu’il y avait des gens tellement puissants qu’ils n’avaient même pas besoin de parler pour qu’on tienne compte de ce qu’ils pensent » [5] ?

Autre détail troublant, ces déclarations du nouvel actionnaire italien de Libération, Carlo Caracciolo, publiées dans un portrait du Monde : « La chance pour Libé serait que Sarkozy gagne l’élection présidentielle… ». Curieux souhait ! Le candidat de l’UMP aurait-il promis une souplesse financière de bon augure en cas de victoire, pour récompenser le journal pour sa « bonne conduite » ?

 

Une telle proposition ne serait pas négligeable pour le journal, au vu des déboires catastrophiques qu’il a malheureusement connu ces derniers temps. Alors que le plan de relance d’Edwy Plenel était refusé en octobre dernier, le journal a continué de s’enfoncer inexorablement dans la spirale du déficit budgétaire, frôlant même le dépôt de bilan. Quand soudain, le projet de recapitalisation proposé par Edouard de Rothschild a enfin pris corps. C’est ainsi qu’en janvier 2007, il devient l’actionnaire principal du journal, mais aussi le personnage idéal pour toutes les conspirations collectives. Accusé par le syndicat du journal d’avoir financé des campagnes à droite et dénoncé comme un proche de Sarkozy -« c’est vrai, mais j’ai aussi beaucoup d’amis à gauche »-, le financier qui vient d’investir 20 M€ dans un journal qui engrange des pertes à chaque exemplaire vendu se défend de provoquer une perte d’indépendance éditoriale de la rédaction du journal. A un journaliste du Figaro qui lui demande si Libération sera à l’abri des pressions économiques et politiques, il assène ces quelques mots : « Oui, sans équivoque. ».

Pourtant, ses exigences de rentabilité sont très fermes : le journal doit réaliser des bénéfices dès 2007. Dès lors, comment croire en la liberté rédactionnelle du journal quand les conditions de travail des journalistes, leur nombre et leur statut sont dépendants d’obligations de rentabilité et de profit ?

D’ailleurs, sur France Culture, Joffrin confirmait : « Evidemment les journalistes ne peuvent pas s’ériger en commune libre et décider tout seuls de l’orientation idéologique. […] Il est logique que le propriétaire fixe une orientation » [5].

 

Il apparaît donc que la personnalité de cet homme, journaliste brillant de 54 ans, constitue l’une des clés de voûte de l’énigme Libération. Lorsqu’il arrive à la tête du journal, en novembre 2006, il explique sur France Culture que dorénavant, Libération sera « la maison commune de la gauche. Toutes les sensibilités doivent s’y retrouver. » La maison commune de la gauche ? Une maison non communiste, en tous les cas, à l’écouter le 5 février 2007 sur le plateau de l’émission « Mots Croisés » : « Le problème, c’est les trotskistes. Il y en a combien ? Trois ? C’est trois de trop. » Avant d’ajouter : « Et une stalinienne…Gentille mais stalinienne…Euh, comment elle s’appelle ? Buffet ! ». Une maison débarrassée des socialistes « archaïques » également, car « il est difficile de danser le rock avec des éléphants ! » [6].

La maison commune de « toute la gauche » semble donc faire uniquement le lit du socialisme moderne, résolument tourné vers la droite et le libéralisme.

 

Il ne s’agit donc pas de blâmer un journal partisan qui changerait d’orientation politique en toute transparence, quelle qu’elle soit, mais de s’interroger sur les raisons qui poussent un directeur de publication à crier haut et fort son indépendance et la capacité de son journal à rassembler toutes les sensibilités de la gauche, quand manifestement la vérité est ailleurs.

________________________________________

 

[1] : « Sarkozy et l’intelligentsia de gauche » par Maurice Szafran, Marianne, 16 janvier 2007.

 

[2] : « Maître à bord » par Laurent Joffrin, Libération, 15 janvier 2007.

 

[3] : « Tu as lu le Joffrin ? » par Daniel Schneidermann, Libération, 19 janvier 2007.

 

[4] : Entretien accordé par le journaliste de Marianne Philippe Cohen au magazine Médias, disponible sur le site de Marianne.

[5] : « Le premier pouvoir » par Elisabeth Lévy, émission diffusée sur France Culture en octobre 2004.

 

[6] : « Mots Croisés » par Arlette Chabot, émission diffusée sur France 2 le 5 février 2007.

 

 

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4 commentaires Add your own

  • 1. Tomouch  |  mai 10, 2007 à 10:42

    Tiens, débat entre Figaro et Libération (Beytout, Joffrin)…ca peut toujours servir, pour cerner les personnalités.

    http://www.radiofrance.fr/chaines/france-info/chroniques/duel/

    T’as le lien pour écouter tout ca…;p

    Réponse
  • 2. STV  |  mai 12, 2007 à 1:25

    Enfin de toutes façons dans le fond ça n’a aucune espèce d’importance tout ça: c’est pas comme si y avait encore des gens qui lisaient la presse écrite… :op

    Réponse
  • 3. Alexandra  |  mai 12, 2007 à 8:04

    bah certes la presse écrite est en crise, mais grâce aux gratuits, je n’ai jamais vu autant de gens toutes classes confondues (vieux, jeunes, ados, quadras, etc) lire le journal dans le métro !
    et un gratuit, ça reste de la presse écrite. donc bon.

    Réponse
  • 4. marieam  |  juin 20, 2007 à 11:14

    ok

    Réponse

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